À moins de deux mois de l’élection à la présidence de la Fédération ivoirienne de football, prévue le 12 septembre 2026 à Yamoussoukro, les discussions s’intensifient autour de Yacine Idriss Diallo et de Malick Tohé. Selon Jeune Afrique, quatre membres du gouvernement tenteraient de convaincre l’actuel premier vice-président de la FIF de renoncer à affronter le président sortant. L’objectif serait d’éviter une bataille interne susceptible de diviser les dirigeants de clubs et de fragiliser l’institution. L’identité des quatre ministres et le contenu complet de leurs propositions n’ont toutefois pas été officiellement rendus publics.
D’anciens alliés devenus rivaux
La confrontation annoncée entre les deux hommes constitue l’aboutissement d’une alliance qui paraissait autrefois solide. En 2020, Malick Tohé avait renoncé à briguer la présidence afin de former une liste commune avec Idriss Diallo. Il avait ensuite participé à la coalition ayant permis à ce dernier de remporter l’élection du 23 avril 2022, au terme d’un second tour particulièrement serré. Depuis, Tohé occupe le poste de premier vice-président et reste considéré comme l’un des dirigeants les mieux introduits auprès des clubs.
Leur relation se serait progressivement détériorée pendant la mandature. Des sources proches de Malick Tohé lui attribuent notamment des critiques sur le manque de concertation autour de certaines décisions stratégiques et financières. Ces reproches n’ont pas fait l’objet d’une confirmation commune des deux responsables, mais la tension est devenue suffisamment visible pour provoquer plusieurs tentatives de rapprochement. Anne Désirée Ouloto avait déjà publiquement appelé les deux dirigeants à régler leurs différends « en famille » lorsqu’elle assurait l’intérim au ministère des Sports. (Afrique sur 7)
Pourquoi le pouvoir cherche un compromis
Pour les médiateurs, une candidature unique ou une nouvelle alliance permettrait d’éviter une campagne conflictuelle entre deux responsables issus du même comité exécutif. Une bataille électorale obligerait également chacun à défendre ou à critiquer un bilan auquel les deux hommes ont participé. Selon plusieurs publications, Idriss Diallo aurait proposé à Malick Tohé de devenir son directeur de campagne, tandis que des négociations auraient porté sur la constitution d’une liste commune. Aucun accord écrit et définitif n’a cependant été annoncé.
Le président sortant peut mettre en avant la stabilité retrouvée au sein de la FIF, la revalorisation des subventions versées aux clubs, l’instauration d’un salaire minimum pour les joueurs professionnels et surtout le sacre des Éléphants à la CAN 2023. Son mandat reste néanmoins confronté à plusieurs défis : les résultats insuffisants des clubs ivoiriens dans les compétitions africaines, le développement du football féminin, la formation des jeunes et l’amélioration durable des championnats locaux.
Ce que représente une candidature de Malick Tohé
Président du Club omnisports de Korhogo et figure expérimentée du football ivoirien, Malick Tohé pourrait se présenter comme le candidat d’une nouvelle méthode de gouvernance. Son projet annoncé mettrait l’accent sur la transformation du football en véritable industrie, avec un meilleur accompagnement des centres de formation, des entraîneurs, des joueurs, des clubs et des partenaires économiques. Son principal problème reste toutefois sa participation directe au comité exécutif sortant, qui rend plus difficile un positionnement fondé sur une rupture totale avec la gestion actuelle.
Une candidature de Tohé bouleverserait surtout les équilibres électoraux. Contrairement aux supporters, ce sont les membres statutaires de la FIF, notamment les représentants des clubs et des groupements d’intérêt, qui élisent le président. L’influence accumulée par le premier vice-président auprès de ces électeurs pourrait donc en faire un adversaire plus dangereux que ne le laisserait penser sa visibilité publique. C’est cette capacité à diviser la coalition victorieuse de 2022 qui expliquerait l’intensité des médiations.
Un scrutin encore ouvert
La période de dépôt des candidatures s’étend du 23 juillet au 10 août 2026. Après l’examen des dossiers, la campagne officielle doit se dérouler du 1er au 10 septembre, avant le vote du 12 septembre à la Fondation Félix-Houphouët-Boigny de Yamoussoukro. Outre Idriss Diallo et Malick Tohé, Souleymane Cissé et l’ancien international Marc Zoro ont manifesté leur intention de participer au processus. D’autres candidatures peuvent donc encore apparaître avant la fermeture des dépôts.
La médiation ministérielle ne garantit donc pas l’organisation d’une élection sans opposition. Elle révèle surtout que le duel potentiel entre Diallo et Tohé dépasse une simple rivalité personnelle. Il concerne le contrôle de la FIF, la répartition des responsabilités au sein du football ivoirien et le choix entre la continuité du pouvoir actuel et une succession organisée depuis l’intérieur. La décision finale de Malick Tohé sera désormais déterminante pour la configuration du scrutin.


