Officiellement, l’Afrique reste derrière Gianni Infantino. En avril, les 54 associations membres de la CAF avaient annoncé unanimement leur soutien à sa réélection à la présidence de la FIFA en 2027. Début août, le comité exécutif de la Confédération africaine a de nouveau confirmé cette position. Pourtant, derrière cette unité institutionnelle, une contestation beaucoup plus profonde semble désormais émerger.
Le signe le plus spectaculaire vient de Mattias Grafström. Des responsables de fédérations africaines ont sondé le secrétaire général de la FIFA sur une éventuelle candidature contre Infantino. Jusqu’à une quinzaine d’associations du continent seraient susceptibles de ne pas suivre la ligne officielle de la CAF si une alternative crédible apparaissait avant l’élection de mars 2027.
Cette situation révèle une distinction essentielle : la CAF peut afficher une position commune, mais elle ne contrôle pas les bulletins de vote de ses fédérations. À l’élection présidentielle de la FIFA, chacune des 211 associations membres dispose d’une voix. L’histoire a déjà montré que les fédérations africaines ne votent pas systématiquement conformément aux consignes politiques de leur confédération.
Infantino possède pourtant de solides arguments sur le continent. Les financements FIFA Forward, les investissements dans les infrastructures et l’élargissement de la Coupe du monde ont contribué à renforcer son image auprès de nombreux dirigeants africains. Samuel Eto’o vient d’ailleurs de défendre publiquement son bilan, tandis que Patrice Motsepe continue de privilégier la stabilité et un changement éventuel par les urnes.
Mais plusieurs sujets nourrissent désormais le malaise. La controverse autour du projet commercial FIFA Forward Enterprise a déclenché une crise mondiale sur la transparence et la gouvernance. En Afrique, les interrogations portent aussi sur la place du continent dans les grandes décisions de la FIFA et sur l’évolution du calendrier des compétitions africaines.
La candidature éventuelle de Grafström serait particulièrement explosive parce qu’elle pourrait offrir aux mécontents africains un candidat venant directement de l’appareil FIFA, plutôt qu’une personnalité présentée comme le choix de l’Europe. Ce détail est fondamental : une opposition capable de rassembler des voix africaines, européennes, asiatiques et nord-américaines constituerait une menace beaucoup plus sérieuse pour Infantino qu’une simple fronde de l’UEFA.
L’Afrique pourrait ainsi devenir le véritable champ de bataille de l’élection FIFA 2027. Avec 54 voix, aucun candidat ne peut ignorer le continent. Une division importante du bloc africain modifierait considérablement l’équilibre mondial, même si Infantino conservait le soutien officiel de la CAF.
Parler déjà de fracture historique serait prématuré. Mais la façade d’unanimité commence clairement à montrer ses limites. Si plusieurs fédérations africaines passent de discussions informelles au soutien public d’un adversaire d’Infantino, le football africain pourrait connaître l’une de ses plus grandes batailles politiques internes depuis la création de la CAF.
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